BRICS : en marche vers une nouvelle unité monétaire

La rencontre entre Dilma Rousseff, présidente de la Nouvelle Banque de développement (NDB) des BRICS, et l’économiste russe Sergey Glazyev, en marge du Forum économique de Saint-Pétersbourg, a permis d’avancer sur la voie de l’unité monétaire commerciale des BRICS, évoquée au même forum par le président russe Vladimir Poutine (voir AS 24/24). Bien que les détails de la discussion n’aient pas filtré, elle a apparemment été productive, et une réunion de suivi est prévue.

Sergey Glazyev est l’un des rares économistes au monde à comprendre la question essentielle du crédit dans les affaires monétaires. Ses conceptions, comme il l’a reconnu publiquement, s’inspirent directement de son étude de la science économique de Lyndon LaRouche. Son idée d’une unité monétaire rattachée à l’or, à un panier de matières premières et aux monnaies des pays membres, contribuerait à la fois à faciliter les échanges et à créer une source de crédit libellé en cette unité. Jusqu’à présent, l’activité de la NDB a été limitée par l’émission exclusive de crédits en dollars américains.

Dans une interview publiée par Sputnik en février dernier, il explique : « L’idée de la monnaie, c’est d’avoir deux paniers : le premier constitué des monnaies nationales de tous les pays participant au processus, comme le DTS mais avec des critères plus clairs et plus compréhensibles, le second étant celui des matières premières. Si l’on a deux paniers, et que nous créons la nouvelle monnaie comme un indice de matières premières et de monnaies nationales, avec un mécanisme pour les réserves, suivant le modèle mathématique, ce sera très stable. Stable et pratique. »

Cette monnaie pourrait alors devenir un instrument pour les transactions, et elle devrait être sous forme numérique. Elle pourrait ainsi être utilisée sans système bancaire, ce qui diviserait par au moins dix les coûts. En outre, il faut déterminer la fixation des prix des biens échangés, pour éviter qu’ils le soient par « la spéculation occidentale », comme c’est le cas aujourd’hui. L’équipe de Sergey Glazyev veut faire en sorte que les BRICS inscrivent cette question à l’ordre du jour de leur sommet d’octobre.

La semaine dernière, la date d’expiration de l’accord sur les « pétrodollars » est passée, apparemment sans que l’Arabie saoudite ni les États-Unis le renouvellent, amenant Glazyev à commenter sur son compte Telegram, « les fondations de la Pax Americana s’érodent ». En effet, cet accord signé il y a 50 ans entre les États-Unis et l’Arabie saoudite obligeait le royaume saoudien à vendre son pétrole exclusivement en dollars américains, en échange d’une aide des États-Unis, principalement militaire.

Si cette information est confirmée, cela signifie que Riyad poursuit son découplage du billet vert, déjà commencé avec le règlement en yuans appliqué à l’accord pétrolier entre l’Arabie saoudite et la Chine. Elle n’abandonnera pas forcément pour autant ses actifs en dollars, mais elle diversifiera certainement ses réserves de change en fonction de l’évolution des échanges commerciaux.

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